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Ce qu'en dit l'éditeur:

Vous souvenez-vous du film de David Lean, Le Pont de la Rivière Kwaï, adapté d’un roman de Pierre Boulle ? Pour Vincent Hein, c’est une partie de son enfance — les soirées cinéma calé contre son père, près de la cheminée et devant la TV.
Alors, partir en Thaïlande sur les rives de la célèbre rivière, c’est plonger dans les eaux troubles de la mémoire.
Là-bas, le spectacle touristique ne cache pas l’exubérance de la nature et le souvenir des cruautés.

Ma cote: 7/10

Mon avis:

« Le pont de la rivière Kwai » … on s'en souvient. Davantage pour se remémorer les scènes de bravoure du film que pour réfléchir à la tranche d'Histoire occultée alors par l'excellent jeu des acteurs. Vincent HEIN nous offre l'occasion de rééquilibrer le pourquoi de nos souvenirs. Ce film, vu par l'auteur-enfant, lui a laissé penser que « nos conventions, nos règles et nos lois (occidentales) étaient plus humaines (que la vindicte nipponne), que nous étions seuls capables de construire des ouvrages d'ingénierie complexe et que nous avions gagné cette guerre car notre civilisation était supérieure à toutes les autres. » le livre éponyme de Pierre BOULLE, lu par l'auteur-adolescent lui a fait comprendre combien « les actes en apparence opposés des deux ennemis n'étaient que des manifestations, différentes mais anodines, d'une même réalité immatérielle […] Avant tout, sauver la face ! »
Vincent HEIN veut y réfléchir, cherche à se souvenir… Il alterne des séquences de son enfance avec des tranches d'Histoire que lui remémore un voyage en Thaïlande, sur les bords de cette rivière mythique. 
Son récit, Kwai, devient alors un livre-pont, une réflexion qui assemble, tel un ‘étrange et monstrueux mikado', des souvenirs d'enfance, des bonheurs partagés en famille, des barbaries de toutes nationalités, un amour inconditionnel de la vie et, tout en même temps que la dénonciation de l'absurdité humaine, la poésie que chacun peut cueillir quotidiennement au sein même d'un monde écoeurant où l'Homme compterait moins que le passage d'un train. 
De Vincent HEIN, je n'avais encore rien lu. Babelio et les éditions Phebus m'ont donné de découvrir une plume cultivée, tendre et acerbe, empreinte de poésie et de réalisme dérangeant. 
« La guerre est éternelle, l'homme est un loup pour l'homme ; vieille histoire », énonce Primo LEVI en exergue. Et c'est vrai que ce récit, en partie autobiographique, illustre bien cette triste caractéristique de l'espèce. L'Homme est capable de se faire la guerre !
Vincent HEIN, façonné et fasciné par la culture asiatique, avait déjà partagé son amour de la Chine (A l'est des nuages, 2009). Avec ‘L'arbre à singes' (2012), il avait poursuivi cette longue quête de lui-même à travers l'histoire et les paysages de la Corée, du Japon, de la Chine encore ou de Mongolie. Aujourd'hui, avec Kwai, il s'impose et nous propose un travail de mémoire, une réflexion sur la construction des petits mondes du Pouvoir, grands destructeurs d'humanité. Alternant ses souvenirs familiaux avec les atrocités commises par la barbarie japonaise de Hirohito et de son entourage, il solde le coût de la construction d'un pont bâti à seule fin de se montrer capable d'être le plus fort. Juste capable de faire passer ‘un petit train' entre des montagnes de cadavres, 15000 prisonniers de guerre et 100000 civils indigènes ! Bienvenue en ‘Absurdie' !
Ce livre, on l'aura compris, ne peut laisser indifférent. de plus, cette visite du site du Pont de la rivière Kwai s'accompagne, en périphérie, de quelques beaux coups d'une plume aussi piquante qu'une épée, aussi délicate qu'un stylet de poète. L'exploitation touristique ‘Pussy-Honey' à Bangkok, les ‘coupeurs de têtes' qui sabrent à tout va, pour la beauté du geste, la collection de crânes de ‘juifs typiques' destinée à prouver la supériorité (osseuse ?) de la race aryenne ou l'évocation des véritables paroles de 'La marche du colonel Boley' (loin, loin des ‘Hello, le soleil brille, brille, brille' chantées plus tard par Annie Cordy … s'enchevêtrent, se tissent et se trament avec des images poétiques d'une enfance qui vit sur la carapace d'une tortue et qui la prend pour le monde, du chant des bulles de pluie ou de la silhouette d'une gare qui hésite entre le style western et le néo victorien, maisonnette étroite et basse, semblable à celles que les Anglais recouvrent chez eux de clématites ou de rosiers grimpants. 
Le lecteur oscille entre horreur, dégoût pour l'espèce humaine et luxuriance de la nature ou plénitude de l'imaginaire.
Un seul regret, Vincent HEIN, use et abuse de longues énumérations qui n'apportent rien et cassent le rythme de la pensée. Quel en est l'intérêt ? Appuyer ses dires ou étaler ses nombreuses connaissances en histoire des civilisations asiatiques, littérature française, culture cinématographique ou espèces horticoles ? L'effet est, à mes yeux, contreproductif. Dommage. 

Citations:

  • Je vis depuis l'enfance sur la carapace d'une tortue que je prends pour le monde.
  • Cherche toujours tes réponses dans les bons livres Fais leur confiance Et rappelle-toi qu'il n'y a qu'eux pour nous rappeler que nous vivons pas seuls dans ce monde et que nous sommes responsables des autres

A propos de l'auteur:

Nationalité : France 
Biographie : 

Vincent Hein est un écrivain français. Il est né le 4 août 1970 à Thionville (Moselle). Il vit et travaille depuis 2004 à Pékin.
Il passe une partie de son enfance en Côte d'Ivoire, à Abidjan, où son père était cadre dans une entreprise française de travaux publics. Ces années lui donneront "[...] à tout jamais le goût de l'ailleurs, des autres et ce sentiment doux-amer d'être pour toujours un étranger chez soi." écrira-t-il plus tard.
En 1988 il s'inscrit à lÉcole normale supérieure des langues étrangères de Pékin (Beijing Waiyu Shifan Xueyuan) pour y apprendre le chinois. Il sera rapatrié en France suite aux événements du 4 juin 1989 sur la place Tian'anmen.
Étude du chinois à l'Institut des langues et civilisations orientales (INALCO). Puis études de Droits à l'Université Paris I-Sorbonne.
En 1996, il entre comme secrétaire d'édition aux Éditions Phébus, participe régulièrement à la revue internationale d'art et de littérature Passages d'Encre et crée avec Mariam Loussignian, Sébastien White et Hélène Hein, la revue de critique littéraire Calamar - à laquelle participeront les écrivains, Arnaud Cathrine, Arno Bertina, Richard Dalla Rosa, Mathieu Terence et Daniel Arsand...
Il est aujourd'hui conseiller à la Mission économique près de l'ambassade de France en Chine où il vit depuis le mois de mars 2004. 
[Source : wikipedia]

Vincent HEIN, façonné et fasciné par la culture asiatique, avait déjà partagé son amour de la Chine (A l'est des nuages, 2009). Avec 'L'arbre à singes' (2012), il avait poursuivi cette longue quête de lui-même à travers l'histoire et les paysages de la Corée, du Japon, de la Chine encore ou de Mongolie. Aujourd'hui, avec Kwai, il s'impose et nous propose un travail de mémoire, une réflexion sur la construction des petits mondes du Pouvoir, grands destructeurs d'humanité.

Les références:

ISBN : 2752911394 
Éditeur : PHÉBUS (05/04/2018)